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Dossier agricole: La vie agricole MARS 2009
MARS 2009
Les fromages au lait cru,
une crise amère

par Morgane Clément

En septembre 2008, le MAPAQ déclenchait une opération d’urgence à la suite de la découverte de la bactérie Listéria dans quelque 11 fromages au lait cru québécois. Par prévention, des milliers de kilos de fromage ont alors été jetés aux ordures. Quelques jours plus tard, beaucoup de commerçants durent jeter aussi une partie de leurs marchandises.

Encore aujourd’hui, la situation est critique, autant pour les producteurs que pour les commerçants. Non seulement, la réputation des fromages au lait cru en a été sérieusement affectée, mais les produits du terroir en général ont aussi perdu de la crédibilité auprès des consommateurs.
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Les temps sont durs pour les producteurs de fromage au lait cru. Un cercle vicieux s’est déclenché depuis cette crise : le doute s’installe chez ceux qui achetaient et vendaient des fromages au lait cru. Les ventes diminuent et les producteurs n’arrivent plus à vivre de leur travail. « En deux heures, ils ont jeté quatre ans de mon travail », confie Mme Nathalie Filion, propriétaire de la Boutique Caseus et cie à Québec. Bien sûr, le gouvernement a instauré un plan de relance de 8,2 millions de dollars pour venir en aide aux fromagers et aux commerçants touchés par cette fâcheuse situation.
Au sein du milieu des fromagers au lait cru, les opinions divergent. C’est d’ailleurs le cas de Patrick Chaput, fromager depuis une dizaine d’années et impliqué dans son milieu, qui a placé une vidéo sur le site de partage Youtube afin d’exprimer son opinion sur le sujet. Selon lui, il ne faut pas blâmer le MAPAQ car les inspecteurs font un travail conforme à la réglementation nordaméricaine, qu’il qualifie de sévère mais nécessaire. «Qu’il y ait maintenant des problèmes au Québec, qu’on s’aperçoive aujourd’hui que plusieurs des fabrications n’étaient pas conformes, c’est peut-être passer à travers la crise d’adolescence au niveau de la fabrication des fromages au lait cru », dit-il dans sa vidéo.


Quant à Benoit Girouard, président de l’Union paysanne, il nous rappelle que le MAPAQ n’est pas le seul à blâmer dans ce dossier : « Je crois que le MAPAQ n’est pas le maître d’oeuvre de tout ce gâchis. Des gens de la santé publique s’infiltrent dans tous les ministères et aiment bien jouer au sauveur en se lançant à la poursuite de la prochaine épidémie ». Le fond du problème se situerait-il dans la peur collective que l’Amérique du Nord entretient à propos des bactéries ?

Selon Pierre Nadeau, PDG du Conseil industriel laitier du Québec (CILQ), il y a du positif qui peut être retiré d’une telle situation. « Au MAPAQ, avant la crise, il n’y avait pratiquement pas de connaissances sur la listériose. La crise a permis à plusieurs personnes de s’intéresser au dossier ». Par contre, M. Nadeau trouve regrettable qu’une telle crise soit nécessaire pour que le gouvernement prenne conscience de la situation des petits producteurs. Cela a définitivement attiré l’attention et a sensibilisé la population à la fragilité de cette industrie.
Les commerçants de fromages fins s’en sortent petit à petit. « Je me sens privilégiée d’avoir la tête hors de l’eau », nous dit Mme Filion. Malheureusement, certains fromagers ferment boutique. Toutefois, d’autres réussissent tant bien que mal à poursuivre leurs activités. Difficile de dire à qui la faute, mais en attendant, ce que les Québécois doivent faire, c’est encourager les produits d’ici.