En septembre 2008, le MAPAQ déclenchait une opération d’urgence à la suite
de la découverte de la bactérie Listéria dans quelque 11 fromages au lait cru
québécois. Par prévention, des milliers de kilos de fromage ont alors été jetés
aux ordures. Quelques jours plus tard, beaucoup de commerçants durent jeter
aussi une partie de leurs marchandises.
Encore aujourd’hui, la situation est critique, autant
pour les producteurs que pour les commerçants.
Non seulement, la réputation des fromages au lait
cru en a été sérieusement affectée, mais les produits
du terroir en général ont aussi perdu de la crédibilité
auprès des consommateurs.
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Les temps sont durs pour les producteurs de fromage
au lait cru. Un cercle vicieux s’est déclenché
depuis cette crise : le doute s’installe chez ceux qui
achetaient et vendaient des fromages au lait cru. Les
ventes diminuent et les producteurs n’arrivent plus
à vivre de leur travail. « En deux heures, ils ont jeté
quatre ans de mon travail », confie Mme Nathalie
Filion, propriétaire de la Boutique Caseus et cie à
Québec. Bien sûr, le gouvernement a instauré un
plan de relance de 8,2 millions de dollars pour venir
en aide aux fromagers et aux commerçants touchés
par cette fâcheuse situation.
Au sein du milieu des fromagers au lait cru, les opinions
divergent. C’est d’ailleurs le cas de Patrick
Chaput, fromager depuis une dizaine d’années et
impliqué dans son milieu, qui a placé une
vidéo sur le site de partage Youtube afin d’exprimer
son opinion sur le sujet. Selon lui, il ne
faut pas blâmer le MAPAQ car les inspecteurs
font un travail conforme à la réglementation nordaméricaine,
qu’il qualifie de sévère mais nécessaire.
«Qu’il y ait maintenant des problèmes au Québec,
qu’on s’aperçoive aujourd’hui que plusieurs des
fabrications n’étaient pas conformes, c’est peut-être
passer à travers la crise d’adolescence au niveau de
la fabrication des fromages au lait cru », dit-il dans
sa vidéo.
Quant à Benoit Girouard, président de l’Union
paysanne, il nous rappelle que le MAPAQ n’est pas
le seul à blâmer dans ce dossier : « Je crois que le
MAPAQ n’est pas le maître d’oeuvre de tout ce
gâchis. Des gens de la santé publique s’infiltrent
dans tous les ministères et aiment bien jouer au
sauveur en se lançant à la poursuite de la prochaine
épidémie ». Le fond du problème se situerait-il dans
la peur collective que l’Amérique du Nord entretient
à propos des bactéries ?
Selon Pierre Nadeau, PDG du Conseil
industriel laitier du Québec (CILQ), il y a du
positif qui peut être retiré d’une telle situation.
« Au MAPAQ, avant la crise, il n’y avait pratiquement
pas de connaissances sur la listériose. La crise a
permis à plusieurs personnes de s’intéresser au
dossier ». Par contre, M. Nadeau trouve regrettable
qu’une telle crise soit nécessaire pour que le gouvernement
prenne conscience de la situation des
petits producteurs. Cela a définitivement attiré
l’attention et a sensibilisé la population à la fragilité
de cette industrie.
Les commerçants de fromages fins s’en sortent petit
à petit. « Je me sens privilégiée d’avoir la tête hors
de l’eau », nous dit Mme Filion. Malheureusement,
certains fromagers ferment boutique. Toutefois,
d’autres réussissent tant bien que mal à poursuivre
leurs activités. Difficile de dire à qui la faute, mais
en attendant, ce que les Québécois doivent faire,
c’est encourager les produits d’ici.